Il y a, dans la voix de Trapmat Savior, ce quelque chose qu’on entend une seule fois pour le reconnaître à vie. Un flow détendu, presque indolent en apparence, posé sur des productions minimalistes qui semblent venir d’un autre temps. Originaire d’Haïti, installé à Montréal, le rappeur de 23 ans est devenu en moins de deux ans l’une des révélations majeures de la scène rap québécoise. En 2026, après deux albums coproduits par Nicholas Craven, il est sans doute l’un des noms les plus excitants à suivre.
D’Haïti à Montréal, un parcours singulier
Trapmat Savior naît en Haïti, où il passe toute son enfance et son adolescence. Il y développe une oreille musicale particulière, façonnée par les sonorités créoles, le hip-hop américain et le rap français qui circulent dans les Caraïbes francophones. Quand il arrive à Montréal, il a déjà une voix — au sens propre comme au sens artistique.
L’installation au Québec marque un tournant : il y rencontre des producteurs locaux, commence à enregistrer, et trouve l’écosystème qui va lui permettre de structurer son projet.
Le mumble bap : un sous-genre inventé sur mesure
Trapmat décrit son style comme du mumble bap — combinaison du mumble rap (flow détendu, articulation moins prononcée) et du boom bap (instrumentaux classiques du hip-hop des années 90). Cette synthèse n’existait pas vraiment avant lui. Il l’a forgée en jouant avec les codes des deux univers, et le résultat est une signature immédiatement reconnaissable.
Les productions de Nicholas Craven — l’un des producteurs montréalais les plus respectés de la scène hip-hop indépendante nord-américaine — donnent à cette signature un écrin parfait. Beats minimalistes, samples soul des années 70, batteries posées : tout est là pour que la voix de Trapmat occupe entièrement l’espace.
1st Coming : la révélation de décembre 2024
En décembre 2024, Trapmat Savior publie 1st Coming, son premier album. Coproduit par Nicholas Craven et Mike Shabb, le disque dure 27 minutes — durée moderne, idéale pour les habitudes d’écoute en streaming. Le ton est posé dès les premiers morceaux : flow relâché, écriture précise, production soul-minimaliste.
La presse hip-hop nord-américaine indépendante salue immédiatement le projet. Underground Hip Hop Blog, Legends Will Never Die et plusieurs autres médias spécialisés en parlent comme d’une des sorties marquantes de fin 2024. La sélection de Trapmat parmi les rookies à suivre par SOCAN en 2025 confirme la trajectoire.
Scottie Trippin’ : la confirmation
L’album suivant, Scottie Trippin’, prolonge la collaboration avec Nicholas Craven. Le titre — clin d’œil au surnom des fans de basketball — annonce un projet qui glisse, qui flotte, qui groove sans se presser. Plusieurs morceaux dont B!tch (feat. Mike Shabb) et Last Night’s Soda font l’objet de clips et de promo notable.
Le ton de Trapmat se précise : nonchalance maîtrisée, regard distancié sur le quotidien, fragments de vie nocturne montréalaise. C’est un rappeur qui ne cherche pas à dramatiser. Il observe, il raconte, il pose le flow.
2026 : la consécration discrète d’une scène rap québécoise élargie
Trapmat Savior fait partie d’une génération de jeunes rappeurs québécois qui ont décidé de ne pas se définir par les codes traditionnels du rap francophone. Lui rappe en anglais, en partenariat avec un producteur né au Québec, dans une ville où le rap francophone vit aussi un moment fort.
2026 devrait être pour lui une année déterminante : prolongement de la collaboration avec Craven, possibles tournées américaines, et un troisième album déjà en gestation selon ses propres déclarations.
Pourquoi il compte dans la scène montréalaise
Trapmat Savior est l’incarnation parfaite d’un phénomène montréalais récent : la capacité de la ville à attirer, intégrer et propulser des artistes issus de la diaspora caribéenne. Il prolonge cette ligne — déjà tracée par d’autres voix comme Sarahmée ou des artistes liés à la scène hip-hop afro-québécoise — d’une scène montréalaise irriguée par des trajectoires multiples.
Dans le paysage rap québécois actuel — où FouKi remplit les arenas et où la nouvelle vague trouve ses marques — Trapmat Savior représente une autre direction : plus underground, plus écrite, plus tournée vers l’international anglophone. Une variation précieuse à surveiller absolument.
