Il y a peu de figures aussi reconnaissables dans l’entrepreneuriat québécois contemporain qu’Alexandre Taillefer. À 54 ans, le fondateur et associé directeur de XPND Capital a derrière lui plus de trente ans de création d’entreprises, de transactions majeures et d’engagements publics. En 2026, il continue de bâtir, d’investir et de prendre la parole sur l’économie québécoise — tout en gardant cette identité d’entrepreneur sérial qui le caractérise depuis les années 1990.
De 21 ans à entrepreneur sérial
Alexandre Taillefer fonde sa première entreprise à 21 ans. Intellia, qu’il lance en 1993, devient l’agence interactive Nurun, plus tard rachetée par le groupe français Publicis. Pour un jeune entrepreneur québécois du début des années 1990, cette première sortie marque déjà une trajectoire à part.
En 2001, il fonde Hexacto, qui devient l’un des leaders mondiaux du jeu mobile et est racheté par Jamdat Mobile, puis par Electronic Arts. C’est l’une des premières grandes sorties technologiques québécoises sur le marché du jeu mobile mondial.
Stingray, Téo, et la diversification des paris
En 2007, Taillefer cofonde Stingray Digital, devenue depuis une société publique cotée à la Bourse de Toronto qui diffuse de la musique dans plus de 100 millions de foyers à travers le monde. L’entreprise, dirigée par Eric Boyko, est l’une des grandes réussites québécoises dans le domaine du divertissement numérique.
En 2015, il lance Téo Taxi, une compagnie de taxis 100 % électriques qui ambitionne de transformer l’industrie du taxi à Montréal. L’aventure est ambitieuse — peut-être trop. Téo finira par cesser ses opérations en 2019, dans des circonstances financières difficiles. Taillefer n’a jamais cherché à effacer cet épisode : il l’évoque régulièrement comme un apprentissage majeur.
XPND Capital, le véhicule central
Depuis 2011, Alexandre Taillefer dirige XPND Capital, son fonds de capital-investissement spécialisé dans les secteurs du transport, des technologies, des médias et du divertissement. Le fonds, qui gère près de 100 millions de dollars, a investi dans plusieurs entreprises québécoises et continue de jouer un rôle d’amorçage dans plusieurs projets innovants.
XPND est aussi devenu le véhicule par lequel Taillefer concrétise plusieurs de ses paris culturels et médiatiques. C’est dans cette logique qu’il rachète, via Mishmash Media (un consortium associé à XPND), le magazine L’Actualité à Rogers Media. La réinvention éditoriale du magazine, lancée en septembre, est l’un des chantiers culturels les plus suivis au Québec récemment.
Une présence dans les conseils d’administration et l’écosystème québécois
Taillefer préside plusieurs conseils d’administration : GSM Project, iPerceptions, Communications Voir, Lion Buses. Il est aussi très impliqué dans les organismes liés à l’innovation et au démarrage d’entreprises au Québec. Cette ubiquité dans l’écosystème québécois est l’une des clés de son influence : il ne se contente pas d’investir, il participe.
Dragons’ Den et la dimension publique
Taillefer a été l’un des « dragons » de Dans l’œil du dragon, la version québécoise de Dragons’ Den. L’émission, diffusée sur Radio-Canada, a contribué à faire de lui une figure médiatique dépassant largement les cercles d’affaires. Il y a investi dans plusieurs jeunes entreprises québécoises et est devenu pour le grand public le visage d’un entrepreneuriat assumé, exigeant et tourné vers l’action.
2026 : XPND, L’Actualité, et la voix économique du Québec
En 2026, Alexandre Taillefer continue de diriger XPND Capital et de superviser la transformation éditoriale de L’Actualité. Il intervient régulièrement dans les médias économiques — La Presse, Les Affaires, BNN Bloomberg, Bullpen — pour commenter l’actualité économique québécoise et canadienne. Il défend de manière constante une vision proactive de la souveraineté économique du Québec dans des secteurs stratégiques.
Plusieurs nouveaux projets sont annoncés ou en gestation, tant du côté investissement que du côté média.
Pourquoi il compte dans le paysage québécois
Alexandre Taillefer représente, dans l’écosystème entrepreneurial québécois, une rareté : celle d’un entrepreneur qui a su passer plusieurs fois du démarrage à la sortie, du démarrage à l’échec, du démarrage au capital-investissement, sans perdre ce qui fait sa singularité — une certaine vision du Québec économique, un engagement public assumé, une volonté de ne pas se cacher derrière le confort des conseils d’administration.
Dans une scène entrepreneuriale montréalaise en pleine effervescence — où d’autres figures continuent de bâtir des projets ambitieux — Taillefer reste l’une des références incontournables. Pas seulement pour ses succès. Aussi pour sa capacité à parler franchement de ses revers, et à recommencer.
