Il y a peu d’artistes québécois dont l’œuvre questionne aussi profondément l’identité autochtone que celle de Nadia Myre. Artiste algonquine de la Première Nation des Kitigan Zibi Anishinabeg, née en 1974, Nadia Myre est devenue en deux décennies l’une des voix artistiques autochtones les plus respectées au Canada. En 2026, ses œuvres figurent dans les collections du Musée des beaux-arts du Canada, du MAC de Montréal, et de nombreuses institutions internationales.
Une enfance partagée entre deux mondes
Nadia Myre naît en 1974. Elle grandit entre la culture algonquine et la société québécoise non-autochtone. Cette double appartenance — souvent décrite comme un « entre-deux » — deviendra la matière première de sa pratique artistique. Elle étudie les arts visuels à l’Université Concordia, puis poursuit avec une maîtrise à UBC à Vancouver.
C’est à la sortie de ses études qu’elle développe une démarche artistique singulière, profondément ancrée dans la mémoire collective et le geste de transmission.
Indian Act : l’œuvre fondatrice
L’œuvre qui révèle Nadia Myre au grand public est Indian Act, projet monumental débuté en 2000 et achevé en 2003. Avec l’aide de plus de 200 collaborateurs et collaboratrices, l’artiste recouvre intégralement les 56 pages du texte fédéral de la Loi sur les Indiens de perles de verre rouge et blanche.
Le geste est patient, collectif, profondément politique. Le résultat est une œuvre d’art qui transforme un texte juridique de domination en objet de résistance. Indian Act entre dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada et devient l’une des œuvres autochtones les plus marquantes de la décennie 2000.
Scar Project : guérir collectivement
Entre 2005 et 2013, Nadia Myre mène le Scar Project, projet participatif invitant les gens à dessiner ou coudre leurs cicatrices — physiques ou symboliques — sur de la toile brute. Plus de 1 400 personnes participent. L’œuvre devient une cartographie collective des blessures contemporaines, individuelles et collectives.
Internationale et collectionnée
Au fil des années 2010, l’œuvre de Nadia Myre voyage. Expositions à Berlin, Sydney, New York, Paris. Elle reçoit le Prix Sobey pour les arts en 2014 — l’une des plus hautes distinctions artistiques canadiennes. Ses œuvres entrent dans les collections de la Tate Modern, de la National Gallery of Canada, du MAC de Montréal et de plusieurs musées internationaux.
Une pratique multidisciplinaire
Sculpture, performance, photographie, installation, perlage, vidéo — Nadia Myre refuse de se laisser enfermer dans un médium unique. Ce qui unifie sa pratique, c’est l’attention au geste, à la transmission, et à la mémoire des corps.
2026 : nouveaux projets et présence soutenue
En 2026, Nadia Myre poursuit son travail entre Montréal, Kitigan Zibi et plusieurs résidences internationales. Plusieurs nouvelles expositions sont annoncées, et son œuvre continue d’inspirer une nouvelle génération d’artistes autochtones canadiens.
Pourquoi elle compte dans la scène artistique québécoise
Nadia Myre représente, dans l’art contemporain canadien, l’une des artistes autochtones les plus importantes de sa génération. Son travail a contribué à transformer la conversation sur la place des Premières Nations dans la culture québécoise. Pour comprendre l’art contemporain québécois et canadien d’aujourd’hui, son œuvre est désormais incontournable.
