On reconnaît Klô Pelgag à la première mesure. Ce timbre légèrement nasal, cette manière de poser les images comme on disposerait des objets fragiles sur une table, cette diction qui fait du français une matière sculptée. À 36 ans, Chloé Pelletier-Gagnon — son vrai nom — est devenue l’une des auteures-compositrices les plus respectées de la chanson francophone. En 2026, elle continue de tracer une trajectoire à part, loin des modes, totalement fidèle à son univers.
De la Gaspésie à Montréal, l’éclosion d’une singularité
Klô Pelgag naît à Rivière-du-Loup et grandit à Cacouna. La Gaspésie laisse des traces partout dans sa musique : le rapport au paysage, la lenteur, la mélancolie sourde, l’idée que le monde est d’abord une question d’observation. Adolescente, elle apprend la guitare et écrit ses premières chansons.
L’arrivée à Montréal, dans les années 2010, marque le vrai départ. Elle s’inscrit au certificat en interprétation chant pop-jazz à l’Université Laval, puis sort en 2013 son premier album, L’Alchimie des monstres. Le disque, à mi-chemin entre la chanson française orchestrale et la pop indé, surprend tout le monde par son ampleur et sa cohérence d’univers.
L’Étoile thoracique et la reconnaissance internationale
En 2017, son deuxième album, L’Étoile thoracique, confirme tout ce que le premier promettait. Polaris en finale. Prix Félix de l’ADISQ. Tournée européenne. La presse française la compare à Brigitte Fontaine, à Barbara — pas pour la facilité, mais parce qu’elles partagent ce goût d’inventer leur propre matrice esthétique.
En 2020, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, son troisième album, lui vaut enfin le prix Polaris — l’une des plus hautes reconnaissances de la musique canadienne. C’est un disque sombre, ample, presque cinématographique, écrit autour de la maladie et du deuil.
Une auteure qui ne joue pas le jeu de la pop
Klô Pelgag a longtemps refusé ce qu’on appelle la « stratégie d’artiste ». Pas de chanson singles formatés. Pas de collaborations marketing. Pas de présence excessive sur les réseaux. Son rapport au métier ressemble plus à celui d’une autrice qu’à celui d’une chanteuse pop. C’est pour ça que ses albums se construisent sur des années — et que ses tournées remplissent les salles sans coup d’éclat médiatique.
2026 : nouveau cycle annoncé
L’année 2026 marque le début d’un nouveau cycle créatif pour Klô Pelgag. Apparitions sur scène plus fréquentes, collaborations annoncées, et la perspective d’un nouvel album studio qui devrait poursuivre cette ligne où la chanson devient sculpture sonore.
Ses concerts au Théâtre Outremont, à la Salle Bourgie ou à La Vitrola restent parmi les rendez-vous les plus attendus de la saison montréalaise.
Pourquoi elle compte autant aujourd’hui
Dans une scène musicale francophone qui se renouvelle rapidement — entre Hubert Lenoir et Charlotte Cardin — Klô Pelgag occupe une place singulière. Elle ne cherche pas à séduire la radio. Elle ne cherche pas non plus à diviser pour exister. Elle écrit, elle compose, elle orchestre, elle revient.
C’est sans doute pour ça que sa carrière, sur la durée, est l’une des plus solides de sa génération. Et pourquoi les jeunes auteures-compositrices québécoises la citent autant comme référence absolue.
