Il y a eu, dans le paysage économique québécois récent, peu de départs aussi marquants que celui de Sophie Brochu. Quand elle quitte la présidence-direction générale d’Hydro-Québec en avril 2023, après deux ans et demi à la tête de la société d’État, c’est une page qui se tourne. À 60 ans, en 2026, Sophie Brochu est devenue une figure majeure de la gouvernance québécoise, présente sur plusieurs conseils d’administration et écoutée pour ses analyses économiques.
De Sherbrooke à Énergir, le parcours d’une économiste
Sophie Brochu naît à Sherbrooke en 1963. Économiste de formation, elle entreprend une carrière dans le secteur énergétique au Québec. Elle gravit progressivement les échelons de Gaz Métro — devenue Énergir — entreprise de distribution de gaz naturel. En 2007, elle accède à la présidence-direction générale de l’entreprise.
Pendant treize ans à la tête d’Énergir, Sophie Brochu accompagne la transition énergétique du Québec, négocie des partenariats avec des fournisseurs gaziers, défend une vision pragmatique de la décarbonation. Elle devient l’une des dirigeantes économiques les plus respectées du Québec.
Hydro-Québec : la mission qu’elle a accepté de relever
En avril 2020, en pleine crise pandémique, Sophie Brochu est nommée présidente-directrice générale d’Hydro-Québec. La mission n’est pas mince : moderniser la société d’État, repenser sa stratégie d’exportation, accompagner les défis posés par l’électrification massive de l’économie.
Pendant deux ans et demi à la tête de l’entreprise, elle impose un style de leadership précis : exigeant, à l’écoute, transparent. Elle prend la parole publiquement sur des dossiers sensibles — tarification, environnement, relations avec les Premières Nations, exportations vers l’étranger.
Un départ retentissant en 2023
En avril 2023, Sophie Brochu annonce son départ d’Hydro-Québec. La décision surprend. Plusieurs commentateurs y voient un désaccord avec la vision gouvernementale sur l’utilisation des ressources hydroélectriques — notamment sur la question des tarifs préférentiels pour les grandes entreprises industrielles installées au Québec.
Son départ ouvre un débat public important sur la gouvernance d’Hydro-Québec et sur la stratégie énergétique québécoise. Brochu, fidèle à son style, parle peu publiquement des raisons de sa démission. Mais ses prises de position subséquentes laissent peu de doutes sur sa vision : l’hydroélectricité québécoise doit servir d’abord les besoins de transition énergétique de la province.
Une carrière post-Hydro : conseils d’administration et présence publique
Depuis son départ, Sophie Brochu siège sur plusieurs conseils d’administration prestigieux — notamment BCE, la Banque Royale du Canada et d’autres organisations canadiennes majeures. Cette présence dans la gouvernance des grandes entreprises canadiennes confirme l’estime que le monde des affaires lui porte.
Elle intervient également comme conférencière et commentatrice sur les enjeux économiques, énergétiques et de gouvernance. Sa parole publique est mesurée mais précise, et elle est l’une des rares dirigeantes québécoises à pouvoir parler aussi bien de macroéconomie que d’enjeux locaux.
2026 : une voix qui compte dans le débat énergétique québécois
En 2026, alors que le débat sur la politique énergétique du Québec reste vif — entre objectifs climatiques, électrification du transport, exportations et tarifs industriels — Sophie Brochu continue d’être l’une des voix les plus écoutées sur ces sujets. Ses interventions médiatiques sont rares mais marquantes. Quand elle parle, le milieu écoute.
Pourquoi elle compte dans la gouvernance québécoise
Sophie Brochu représente, dans le paysage québécois contemporain, une rareté : celle d’une dirigeante qui a su quitter un poste majeur sans renier ses positions, sans s’effacer non plus, et sans se laisser réduire à un rôle de commentatrice professionnelle. Sa démission d’Hydro-Québec a été une démonstration de cohérence — une qualité aujourd’hui rare dans le monde du leadership corporatif.
Aux côtés d’autres figures incontournables de l’entrepreneuriat québécois — comme Alexandre Taillefer — Brochu trace une trajectoire singulière : celle d’une dirigeante de société d’État devenue voix indépendante sur les grands enjeux économiques du Québec. Une trajectoire d’autant plus précieuse qu’elle est portée par une femme dans un milieu encore largement masculin.
