Il y a, dans le théâtre francophone contemporain, peu d’auteurs et de metteurs en scène dont la trajectoire ressemble à celle de Wajdi Mouawad. Né à Beyrouth, exilé enfant en France puis adolescent à Montréal, dramaturge ayant marqué la scène québécoise des années 2000 avec la tétralogie Le Sang des promesses, directeur du Théâtre national de la Colline à Paris depuis 2016 — Wajdi Mouawad est devenu, à 57 ans, l’une des figures les plus puissantes du théâtre francophone mondial. En 2026, son œuvre continue de circuler entre Montréal, Paris, Beyrouth et les grandes scènes internationales.
De Beyrouth à Montréal, l’exil comme matrice
Wajdi Mouawad naît à Beyrouth en 1968. Sa famille fuit la guerre civile libanaise en 1977. Il grandit d’abord en France, puis arrive à Montréal en 1983, à 15 ans. C’est dans cette ville qu’il fait ses études, qu’il s’inscrit à l’École nationale de théâtre du Canada, et qu’il commence sa carrière d’auteur et de metteur en scène.
L’exil — comme expérience fondatrice, comme thème, comme structure de pensée — irrigue toute son œuvre.
Le Sang des promesses : la tétralogie qui change tout
Entre 2002 et 2009, Wajdi Mouawad écrit la tétralogie Le Sang des promesses : Littoral, Incendies, Forêts, Ciels. Quatre pièces fleuves qui interrogent la transmission, la mémoire familiale, l’origine, la violence des héritages. Incendies devient un phénomène mondial — joué partout en français, traduit en anglais, en allemand, en italien — et adapté au cinéma par Denis Villeneuve en 2010, finaliste aux Oscars.
La tétralogie installe Wajdi Mouawad comme l’un des auteurs francophones les plus importants de sa génération.
Du Théâtre français à La Colline
Après plusieurs années à diriger le théâtre français du Centre national des arts à Ottawa, Wajdi Mouawad prend en 2016 les rênes du Théâtre national de la Colline à Paris, l’une des cinq institutions théâtrales les plus prestigieuses de France. Sa nomination est saluée comme un événement majeur de la scène théâtrale française.
Depuis, sous sa direction, La Colline est devenue un lieu de création contemporaine particulièrement vivant — accueillant des œuvres internationales, des autrices et auteurs émergents, des dramaturgies politiques.
Romans, livres, opéras
En parallèle de son théâtre, Wajdi Mouawad publie plusieurs romans. Anima (2012), Le Poisson soi, Les Larmes d’Œdipe. Il met également en scène plusieurs opéras importants, dont une production majeure de Wozzeck à l’Opéra national de Paris. Cette ouverture artistique transdisciplinaire fait de lui une figure rare — comparable, dans l’histoire du théâtre francophone, à très peu d’autres metteurs en scène.
Un attachement persistant à Montréal
Malgré son poste à Paris, Wajdi Mouawad reste profondément attaché à Montréal. Plusieurs créations sont créées en alternance entre Paris et Montréal. Le théâtre québécois reste l’un de ses ports d’attache. Sa parole publique sur les enjeux de la francophonie, de l’exil, des Premières Nations, et des conflits internationaux est régulièrement entendue dans les médias québécois.
2026 : nouvelles créations et tournée internationale
En 2026, Wajdi Mouawad présente plusieurs nouvelles créations à La Colline et en tournée internationale. Une reprise de Tous des oiseaux est annoncée. Sa direction artistique continue d’orienter une partie significative de la création théâtrale francophone contemporaine.
Pourquoi il compte dans la scène artistique québécoise et francophone
Wajdi Mouawad représente, dans le théâtre francophone contemporain, l’une des figures les plus puissantes de sa génération. Son écriture — politique, lyrique, exigeante — a redéfini ce que peut être le théâtre francophone aujourd’hui. Le Québec, qui l’a accueilli adolescent, fait partie intégrante de l’identité artistique de ce dramaturge devenu mondial.
