Il y a quelque chose chez Hubert Lenoir qui défie les cases. À 31 ans, l’auteur-compositeur-interprète de Québec, devenu figure incontournable du rock francophone, n’a jamais cessé d’agacer autant qu’il fascine. Son premier album, Darlène, lui avait valu le prix Polaris en 2018. Le suivant, PICTURA DE IPSE : Musique directe, a confirmé qu’il n’écrirait jamais deux fois le même disque. En 2026, il revient au-devant de la scène avec un projet qui, encore une fois, ne ressemble à rien d’autre.
De Québec à la scène internationale, l’enfance d’un dissident esthétique
Hubert Chiasson — son vrai nom — naît à Québec en 1994. Frère du chanteur Étienne Chiasson, il grandit dans une famille où l’art n’est ni un loisir ni un statut, mais un terrain de jeu. Adolescent, il forme avec son frère le duo The Seasons, premier laboratoire d’une musique qui mélange déjà folk, glam et expérimentations vocales.
La bascule a lieu en 2018. Darlène, sa réinvention solo, débarque comme un objet musical inclassable : francophone, queer, lyrique, baroque, parfois jazz, souvent rock. Le Polaris suit. Le scandale aussi : sa prestation à l’ADISQ, où il se déshabille partiellement et arbore un drapeau québécois retourné, fait jaser pendant des semaines.
PICTURA DE IPSE : la confirmation
En 2021, son deuxième album, PICTURA DE IPSE : Musique directe, propose une suite encore plus ambitieuse. Plus de 20 morceaux, structure non linéaire, références aux chansonniers québécois autant qu’à Bowie ou aux musiques du Brésil. La presse française découvre Lenoir. Les Inrockuptibles, Libération, Télérama lui consacrent de longs articles. Il devient l’un des rares artistes québécois contemporains à percer le marché culturel hexagonal sans concession francisée.
L’image, le scandale, la mode
Lenoir n’a jamais séparé sa musique de sa présence visuelle. Maquillé, à moitié nu, en robe, en costume, en queer dandy, il joue des codes de genre avec une assurance qui dérange une partie du public et galvanise l’autre. Loin d’être une pose, ce travail esthétique fait partie intégrante de l’œuvre.
Cette posture lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs au Québec. Il assume. Dans plusieurs entrevues, il affirme préférer diviser que d’être consensuel. C’est sans doute pourquoi il continue à intéresser : il ne joue pas la même partition que la majorité de ses pairs.
2026 : retour et nouvelles tournées
L’année 2026 marque le retour d’Hubert Lenoir sur scène et en studio avec un nouveau cycle de création. Festivals européens, dates québécoises, collaborations annoncées avec des artistes francophones internationaux : sa présence ne cesse de s’élargir.
Pour les amateurs de scène musicale francophone, l’écoute d’un album de Lenoir reste une expérience à part — une sorte de défi assumé à la chanson formatée qui circule sur les radios commerciales.
Ce que Hubert Lenoir dit de la scène québécoise
Lenoir n’est pas montréalais d’origine, mais c’est à Montréal qu’il enregistre l’essentiel de sa musique, qu’il habite, qu’il joue. La ville est devenue son terrain d’expérimentation. Il fait partie de cette génération d’artistes québécois — avec Charlotte Cardin ou Nissa Seych — qui ont compris qu’on pouvait être ancré quelque part sans y être confiné.
Dans une époque où la musique francophone québécoise se renouvelle plus vite qu’on ne le pense, Hubert Lenoir reste l’une des figures qu’il faut suivre. Pour la musique, oui. Mais aussi pour le geste artistique total qu’il incarne, et qui pourrait bien rester l’une des signatures les plus marquantes des années 2020 au Québec.
