Il y a Anne Dorval avant Xavier Dolan — celle de la télévision québécoise des années 1990, des Bougon, de Tout le monde en parle. Et il y a Anne Dorval après. Le Mommy de 2014, la rôle de Diane « Die » Després qui lui vaut une consécration internationale, le statut d’actrice fétiche d’une certaine génération du cinéma québécois. À 65 ans, en 2026, elle continue d’alterner les grands rôles avec une discrétion qui contraste avec son aura.
D’Alma au TNM, une vie au théâtre d’abord
Anne Dorval naît à Alma, au Saguenay—Lac-Saint-Jean, en 1960. Elle se forme au Conservatoire d’art dramatique de Québec. Sa carrière théâtrale démarre au début des années 1980 et elle s’impose rapidement comme l’une des actrices les plus talentueuses de sa génération. Théâtre du Nouveau Monde, Théâtre du Rideau Vert, Espace Go : elle joue les classiques comme les œuvres contemporaines.
Ce socle théâtral solide nourrira toute sa carrière. Là où d’autres actrices québécoises se sont concentrées sur l’écran, Dorval n’a jamais quitté la scène. Cette double vie — théâtre et cinéma/télévision — explique en partie la qualité de son jeu.
Télévision : des Bougon à la consécration populaire
Dans les années 1990 et 2000, Anne Dorval enchaîne les rôles télévisuels marquants. Elle joue notamment dans Les Bougon, c’est aussi ça la vie, série culte qui se moque de la classe pauvre québécoise avec une férocité comique rare. Son personnage de Rita Bougon entre dans la mémoire collective québécoise.
Animatrice à ses heures, comédienne dans plusieurs téléséries, elle devient une figure familière de la télévision francophone. Mais c’est au cinéma qu’elle franchira un seuil supplémentaire.
Xavier Dolan et la consécration internationale
La rencontre avec Xavier Dolan change la donne. Le jeune cinéaste lui confie le rôle principal de J’ai tué ma mère (2009), film qui le révèle à Cannes à 19 ans. Anne Dorval y incarne Chantal, mère de l’adolescent en révolte. Le rôle est physique, autobiographique, complexe. La critique salue sa performance.
Cinq ans plus tard, en 2014, le duo se retrouve pour Mommy. Dorval y joue Diane « Die » Després, mère seule d’un adolescent atteint d’un trouble du comportement. Le film remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes. La performance de Dorval — explosive, drôle, déchirante — est saluée comme l’une des grandes interprétations féminines du cinéma francophone de la décennie. Elle reçoit plusieurs prix internationaux et solidifie une renommée qui dépasse largement les frontières du Québec.
Une fidélité à la troupe Dolan
Anne Dorval fait partie de cette troupe quasi récurrente que Xavier Dolan a construite autour de lui — avec Suzanne Clément, Antoine Olivier Pilon, Gabriel D’Almeida Freitas et quelques autres. Elle est apparue dans plusieurs de ses films suivants, en grands rôles ou en passages signifiants. La fidélité est mutuelle : Dolan revient à elle, et elle vient à lui, sans calcul de carrière.
Une comédienne qui choisit ses projets
Au-delà du cinéma d’auteur, Anne Dorval poursuit ses rôles théâtraux, ses apparitions télévisuelles, ses collaborations avec de jeunes metteurs en scène. Elle a toujours assumé une démarche artistique qui ne court pas après la quantité.
Elle s’engage aussi publiquement sur plusieurs causes — santé mentale, droits des femmes, accès à la culture. Sa parole publique, mesurée et précise, est respectée bien au-delà du milieu artistique.
2026 : nouvelle saison théâtrale et cinéma
En 2026, Anne Dorval continue d’alterner les projets. Une nouvelle production théâtrale est en préparation à Montréal. Son nom revient également dans la perspective du retour à la réalisation de Xavier Dolan, dont le nouveau projet cinéma est annoncé pour l’année. Plusieurs apparitions médiatiques marquantes ponctuent l’année.
Pourquoi elle compte autant dans le paysage québécois
Anne Dorval incarne, dans le métier d’actrice québécoise, une rareté : celle d’une comédienne qui a su évoluer sur plusieurs décennies sans jamais se figer dans une époque ou un registre. De Rita Bougon à Diane Després, elle a su être grand public et exigeante, populaire et internationale.
Dans la scène culturelle montréalaise contemporaine — où d’autres figures du cinéma comme Karine Vanasse tracent leur propre trajectoire — Dorval reste une référence absolue. Pas seulement pour ce qu’elle a fait. Aussi pour la manière dont elle continue, à 65 ans, d’avoir le choix de ses projets.
