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Accueil » Les Incontournables » Elisapie artiste inuk : de Salluit à l’ADISQ, une voix qui chante en inuktitut

Elisapie artiste inuk : de Salluit à l’ADISQ, une voix qui chante en inuktitut

07/10/2026 by Sébastien Pelletier

Elisapie, artiste inuk née à Salluit, sort en septembre 2023 un album de dix reprises pop et rock, surtout des années 1970 et 1980, toutes chantées en inuktitut. Deux ans plus tard, elle repart du Gala de l’ADISQ avec le titre d’Artiste autochtone de l’année, selon le communiqué de Radio-Canada sur les gagnants. Entre les deux, une carrière de plus de vingt ans que l’on réduit trop souvent à une étiquette. La notice de L’Encyclopédie canadienne sur Elisapie Isaac la fait naître à Salluit, au Nunavik, en 1977. Voici ce que l’on peut vérifier de son parcours, sans l’enjoliver.

Elisapie, née à Salluit en 1977

Salluit est la deuxième communauté la plus septentrionale du Québec, accessible uniquement par avion. C’est là qu’Elisapie grandit, auprès de proches inuits, avec une mère inuk et un père originaire de Terre-Neuve. La musique circule dans la famille : son oncle George Kakayuk jouait dans le groupe Sugluk, aussi appelé Salluit Band. Enfant, elle chante déjà à la radio locale, et elle se produit avec ses oncles avant de quitter le Nord.

À mon avis, ce détail de la radio dit l’essentiel. Avant la scène, il y avait un micro et une communauté à l’écoute, ce qui explique en partie son aisance à parler à des salles entières comme on parlerait à une seule personne.

Elisapie sur scène lors d'un spectacle à Montréal
Photo : Jeangagnon / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Elle arrive à Montréal en 1999 pour étudier les communications au Collège John Abbott. Le magazine Megaphone note en 2025 qu’elle y vit depuis vingt-cinq ans. Elle chante en français, en anglais et en inuktitut, trois langues qu’elle alterne selon les chansons plutôt que selon le public.

Taima, ou l’art de dire « assez, passons à autre chose »

Contrairement à une idée répandue, Elisapie n’a pas commencé par un disque solo. Son premier projet marquant est un documentaire trilingue, Si le temps le permet, tourné dans sa communauté. L’Encyclopédie canadienne signale aussi un prix Rigoberta Menchú en 2003.

Côté musique, elle fonde avec Alain Auger le duo Taima, dont le premier album paraît en 2004 et décroche l’année suivante le Juno de l’album autochtone. Le mot, en inuktitut, se traduit à peu près par « assez, c’est terminé, passons à autre chose ». Le nom ressemble à une déclaration d’intention.

Viennent ensuite les albums solo : There Will Be Stars en 2009, chanté en inuktitut, en anglais et en français, puis Travelling Love en 2012, plus pop. En 2018, The Ballad of the Runaway Girl pose un jalon plus intime. Elle a aussi prêté sa voix à l’animation, en incarnant Sedna dans La légende de Sarila en 2013 et Miali dans Soul en 2020, et elle a travaillé avec le compositeur Bruno Coulais sur La Planète blanche en 2006.

Repères de la carrière d’Elisapie
Année Repère Ce qu’il faut savoir
1977 Naissance à Salluit Nunavik, deuxième communauté la plus au nord du Québec
1999 Études en communications Collège John Abbott, à Montréal
2005 Juno avec Taima Album autochtone de l’année, duo formé avec Alain Auger
2018 The Ballad of the Runaway Girl Album vu par l’artiste comme une étape vers la guérison
2020 Félix de l’Artiste autochtone Année aussi de la mort de Joyce Echaquan, qui déclenche son engagement public
2021 Compagne de l’Ordre des arts et des lettres du Québec Distinction québécoise
2023 Inuktitut et doctorat honorifique Album sorti le 15 septembre chez Bonsound; doctorat de l’Université Concordia
2024 Juno et finale du Polaris Juno de l’Artiste autochtone contemporain; timbre de Postes Canada
2025 Gala de l’ADISQ Artiste autochtone de l’année

Pourquoi reprendre Led Zeppelin en inuktitut ?

Parce que ces chansons font partie de sa mémoire. Inuktitut, sorti le 15 septembre 2023 chez Bonsound, rassemble dix classiques choisis pour les souvenirs qu’ils portent et traduits dans la langue de son enfance. On y trouve des reprises de Blondie, de Queen, de David Bowie, de Duran Duran, de Tears for Fears, de Cyndi Lauper, des Cranberries et de Metallica. Heart of Glass y devient Uummati Attanarsimat. L’idée, telle qu’elle la présente, est de bâtir un pont entre le monde inuit et ceux qui ne le connaissent pas.

Un détail a fait parler : pour enregistrer une version d’une pièce de Led Zeppelin, elle a obtenu l’accord de Robert Plant et de Jimmy Page, deux musiciens connus pour accorder ce genre de permission au compte-gouttes. Le disque a atteint la quatorzième place du palmarès canadien des albums de Billboard.

Ma règle, quand on parle d’un disque de reprises : on juge la traduction, pas la nostalgie. Ici, l’inuktitut change la couleur des chansons au point qu’on les entend comme neuves. Le public l’a compris, puisque l’album s’est retrouvé en finale du prix Polaris en 2024, lui a valu un Félix de l’Album d’interprétation de l’année et, en 2025, le Juno de l’Album alternatif adulte.

Par où commencer, si vous découvrez Elisapie ? Ma suggestion : Inuktitut d’abord, parce que les chansons sont déjà dans l’oreille et que la langue fait le reste du travail. Passez ensuite à The Ballad of the Runaway Girl, qui montre ses compositions en trois langues, puis remontez jusqu’à Taima pour entendre où tout a commencé. Dans cet ordre, le parcours se lit comme une conversation qui s’approfondit plutôt que comme une discographie à rattraper.

Elisapie à l’ADISQ et sur scène

Le Gala de l’ADISQ 2025 a été dominé par Lou-Adriane Cassidy, mais la soirée a aussi consacré Elisapie dans la catégorie Artiste autochtone de l’année. Elle avait déjà reçu un Félix dans cette catégorie en 2020, d’après L’Encyclopédie canadienne, et la maison de disques Bonsound compte cinq prix ADISQ remportés par l’artiste en 2024 pour Inuktitut. Autrement dit, la reconnaissance de 2025 s’inscrit dans une série plutôt que dans un coup d’éclat. Pour mesurer la place de ce prix dans la soirée, consultez la liste complète des gagnants du 47e Gala de l’ADISQ, où figurent aussi Pierre Lapointe, les Cowboys Fringants et Billie du Page. Dans la catégorie Rayonnement international, elle figurait aussi parmi les finalistes, battue par Aliocha Schneider.

Le lien avec Pierre Lapointe n’est d’ailleurs pas fortuit : le titre « Moi, Elsie » réunit Elisapie, Richard Desjardins et le chanteur dont nous retraçons vingt ans de carrière. Sur scène, elle est passée par le FME et le Festival de la chanson de Tadoussac, et elle a présenté son spectacle Uvattini au MTELUS en décembre 2024. Le 28 juin 2025, à 21 h 30, elle montait sur la Scène TD du Festival international de jazz de Montréal, pour un concert gratuit, accompagnée de musiciens des scènes indie et folk montréalaises. Le programme du festival indique que, depuis la sortie d’Inuktitut, elle a donné plus de 70 concerts au Canada, en Europe, aux États-Unis et en Australie.

Ces chiffres ont une conséquence que l’on mesure mal depuis Montréal. Une chanteuse qui présente en Australie un répertoire d’inuktitut ne vend pas un folklore, elle vend un disque de pop dont la langue ne se traduit pas, et le public vient quand même. À mon avis, c’est la meilleure réponse à ceux qui doutent encore de la place des langues autochtones dans la chanson d’ici.

Une voix qui refuse le rôle de porte-parole

Elisapie ne s’est jamais présentée comme une porte-parole, et elle le dit. Dans l’entretien accordé à Megaphone, elle explique que la mort de Joyce Echaquan, en 2020, a déclenché son engagement public, et que sans sa musique elle n’aurait pas pris la parole aussi souvent. Le magazine y voit une trajectoire : The Ballad of the Runaway Girl (2018) comme une étape vers la guérison, Inuktitut (2023) comme une exploration plus profonde des traumatismes. Elle plaide pour une répartition plus équitable des ressources entre les communautés inuites et le reste du Québec, rappelant que ces communautés paient elles aussi des impôts.

Elle prolonge ce travail ailleurs qu’au Québec. Le 28 septembre 2025, Uvattini était présenté au Chan Centre de Vancouver. Pour une artiste née dans un village que l’on ne rejoint qu’en avion, la distance parcourue est difficile à ignorer. Ce détail compte : l’artiste qui chante en inuktitut ne se limite plus aux scènes d’ici, et c’est sa langue, non un compromis, qui voyage.

Questions fréquentes sur Elisapie

D’où vient Elisapie ?

Elle est née en 1977 à Salluit, au Nunavik, dans le nord du Québec, et vit aujourd’hui dans la région de Montréal.

Dans quelles langues chante-t-elle ?

En inuktitut, en français et en anglais. Son album Inuktitut (2023) est entièrement chanté dans la première.

Quel prix a-t-elle remporté à l’ADISQ en 2025 ?

Elle a remporté le prix d’Artiste autochtone de l’année, selon le communiqué officiel de Radio-Canada.

Combien de concerts a-t-elle donnés depuis la sortie d’Inuktitut ?

Plus de 70, au Canada, en Europe, aux États-Unis et en Australie, selon le programme du Festival international de jazz de Montréal 2025.

Que veut dire le nom Taima ?

En inuktitut, le mot signifie à peu près « assez, c’est terminé, passons à autre chose ». C’est le nom du duo qu’elle a formé avec Alain Auger.

Que contient l’album Inuktitut ?

Dix reprises de chansons pop et rock, surtout des années 1970 et 1980, traduites en inuktitut, parues le 15 septembre 2023 chez Bonsound.

Filed Under: Les Incontournables

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About Sébastien Pelletier

Journaliste culturel basé à Montréal, Sébastien Pelletier suit la scène musicale québécoise : sorties d'albums, galas, concerts et artistes émergents.

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