Vingt ans après ses premiers concerts montréalais, Pierre Lapointe reste l’un des auteurs-compositeurs francophones les plus exigeants — et les plus aimés — du Québec. À 44 ans, le natif d’Alma a traversé toutes les modes sans en suivre aucune, construit une œuvre qui compte aujourd’hui une dizaine d’albums, et collectionné les distinctions sans jamais perdre cette signature qui n’appartient qu’à lui. En 2026, il continue d’occuper une place rare dans la chanson francophone : celle d’un artisan total.
Du Saguenay à la Place des Arts, l’ascension d’un styliste
Pierre Lapointe naît à Alma, au Saguenay—Lac-Saint-Jean, en 1981. Adolescent solitaire, il découvre la chanson française dans les années 1990 — Brel, Brassens, Bashung, et plus encore Gainsbourg. Il monte à Montréal pour étudier les arts plastiques, mais c’est en chanson qu’il finit par s’imposer.
En 2004, il remporte le Festival international de la chanson de Granby. Son premier album éponyme sort la même année. Le succès est immédiat. Sa manière d’allier rigueur littéraire et orchestrations baroques détonne dans une scène alors dominée par la pop folk. 27-100, rue des Partances, sa chanson signature, devient un classique instantané.
L’Atelier des sons et la conquête de l’Europe
Les albums s’enchaînent : La forêt des mal-aimés (2006), Sentiments humains (2009), Punkt (2013), Les Callas (2017). Chaque disque déplace légèrement le centre de gravité de son univers, sans jamais le trahir. Lapointe devient une figure connue en France, en Belgique, en Suisse romande. Olympia, Trianon, Théâtre des Bouffes du Nord : il joue sur les scènes prestigieuses du milieu francophone.
Pierre Lapointe et le geste artistique total
Comme Hubert Lenoir, Pierre Lapointe a toujours pensé sa carrière en termes d’objet artistique complet. Pochettes soignées, mises en scène léchées, vidéos cinéma, collaborations avec des metteurs en scène, des écrivains, des plasticiens. Il n’est pas qu’un chanteur : il est un curateur de sa propre œuvre.
Cette posture lui a parfois valu des critiques — trop esthète, trop précieux. Mais ces reproches sont en général ceux qu’on adresse aux artistes qui assument leur singularité.
2026 : nouvelle tournée et résidence montréalaise
L’année 2026 marque la sortie d’un nouveau cycle de spectacles, mêlant chansons emblématiques et créations inédites. Une résidence montréalaise est en préparation, prolongeant la tradition d’événements à la Place des Arts qu’il a entretenue depuis dix ans.
Pourquoi il continue d’inspirer la relève
Pierre Lapointe est devenu, sans même chercher à l’être, l’un des modèles d’une certaine chanson québécoise. Quand on parle aux jeunes auteures-compositrices québécoises — Klô Pelgag en tête —, son nom revient comme une référence. Pas pour copier son style. Pour comprendre qu’on peut bâtir une œuvre francophone exigeante au Québec sans renoncer à exister à l’international.
Dans une scène musicale en plein renouvellement — entre Charlotte Cardin et Nissa Seych — Lapointe représente la continuité. Celle qui rassure et qui pousse en même temps les autres à viser plus haut.
