Le nom est rare. Eadsé — qui signifie « mon bon ami » en wendat — lui a été donné à la naissance par Max Gros-Louis, ancien grand chef de Wendake. À 34 ans, Anne-Marie Gros-Louis Houle, l’auteure-compositrice-interprète wendat qui se cache derrière ce nom de scène, est désormais l’une des voix autochtones les plus puissantes de la chanson québécoise. Sa désignation comme Révélation Radio-Canada 2025-2026 vient consacrer un parcours patient, profond, ancré dans une identité multiple.
Des Îles-de-la-Madeleine à Wendake, l’enfance d’une voix
Eadsé grandit aux Îles-de-la-Madeleine, paysage de mer et de vent qui imprégnera durablement sa musique. Elle apprend très jeune le piano classique. Au Québec, elle poursuit ses études en chant pop et jazz, puis décroche un baccalauréat en chant — formation rare pour une artiste qui finira par s’imposer dans une esthétique pop-soul.
Son héritage wendat — par sa famille Gros-Louis, et par le lien direct avec Max Gros-Louis lui-même, figure emblématique de la nation wendat — irrigue son rapport à la musique. Elle chante en français, en anglais et en wendat. Cette tri-vocalité est, en soi, une rareté dans la scène musicale francophone canadienne.
My Good Friend : le premier mini-album et la première bascule
Eadsé fait de la musique depuis l’enfance, mais c’est en 2021 que ses morceaux deviennent accessibles en ligne. Cette année-là sort son premier mini-album, My Good Friend. Un disque pop-électronique qui pose son univers : voix soulful, arrangements épurés, et déjà cette capacité à mêler les langues sans rupture.
Le morceau-phare du disque est Oné-Onti, pièce dédiée à Max Gros-Louis. Le titre devient un succès d’écoute imprévu : plus de 6 millions de streams cumulés en ligne. Pour une artiste émergente travaillant dans un registre relativement de niche, ce chiffre raconte l’ampleur de la résonance.
Healer : l’album de la maturité
Récemment paraît Healer, son premier album long format. Le disque marque un tournant esthétique : Eadsé y explore des sonorités plus orchestrales, intègre des cordes, et insère des instruments traditionnels wendat — tambours, hochets. Le résultat est un objet musical hybride, contemporain, et profondément ancré dans l’héritage culturel autochtone.
Healer aborde aussi des sujets intimes. Eadsé y évoque notamment la dépression post-partum qu’elle a traversée à la naissance de son fils Owen quelques années plus tôt. Cette dimension confessionnelle — rare dans la pop francophone québécoise — fait du disque l’un des projets les plus émouvants de la saison.
Une voix inspirée de Joss Stone et d’une tradition vivante
Eadsé cite Joss Stone parmi ses influences majeures. On entend cet héritage dans son timbre, son phrasé, sa manière d’occuper les ballades. Mais l’originalité d’Eadsé tient à ce qu’elle ne plaque pas la soul britannique sur le français : elle l’absorbe et la transforme. Le résultat est une pop-soul francophone-autochtone qui n’existait pas avant elle.
2026 : Révélation Radio-Canada et tournée canadienne
L’année 2026 marque pour Eadsé un changement d’échelle. Sa désignation comme Révélation Radio-Canada 2025-2026 — aux côtés notamment de Salin, Gabriella Olivo, Allô Fantôme et Sensei H — lui ouvre une visibilité considérable sur les ondes francophones.
Elle se produit notamment au Centre national des Arts à Ottawa le 13 juin 2026. D’autres dates sont annoncées dans plusieurs villes canadiennes, ainsi qu’une présence prévue dans les festivals d’été.
Pourquoi elle compte dans la scène musicale
Eadsé représente quelque chose de précieux dans la chanson québécoise de 2026 : la preuve qu’une artiste peut porter une identité autochtone forte sans se laisser réduire à cette seule dimension. Sa musique parle d’amour, de deuil, de maternité, de transmission — sujets universels — tout en gardant une couleur culturelle unique.
Dans la même mouvance que Gabriella Olivo ou Salin, Eadsé fait partie de cette génération d’artistes qui élargissent ce que peut être la musique québécoise contemporaine. Plus de frontière entre les traditions et la pop. Plus de cloisonnement entre les langues. Juste des voix qui font ce qu’elles veulent.
