Il y a chez Lisa LeBlanc une particularité rare : elle est arrivée dans la musique québécoise par la grande porte d’à côté. Acadienne du Nouveau-Brunswick, chanteuse-banjoïste devenue figure du folk trash, elle a fini par s’imposer comme l’une des artistes les plus aimées du paysage musical francophone — et l’une des rares qui assument autant le chiac que le disco. En 2026, après une année de tournées spectaculaires jusqu’au Japon, elle prend une pause pour écrire son prochain album.
De Rosaireville à Montréal, le parcours d’une fille du Nouveau-Brunswick
Lisa LeBlanc naît en 1990 à Rosaireville, petite communauté acadienne du Nouveau-Brunswick. Elle grandit dans un environnement où la musique fait partie du quotidien et où le chiac — ce mélange si particulier de français et d’anglais propre à l’Acadie — devient la matière première de son écriture future.
Elle quitte sa région pour étudier la chanson au Cégep de Granby, au Québec, et c’est là que tout bascule. En 2012, sa chanson Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde explose sur YouTube. Le titre, brut, drôle, désarmant, fait d’elle une figure instantanément reconnaissable. Son premier album éponyme sort la même année et la propulse sur les routes du Québec et de la France.
Folk trash, banjo et chiac : une signature inclassable
Lisa LeBlanc s’impose avec un cocktail qu’aucune autre artiste québécoise ne propose : du folk énergique, un banjo manipulé comme une électrique, des textes en chiac où l’humour côtoie l’angoisse existentielle. Elle joue les festivals, traverse l’Europe, se construit un public à la fois québécois, français et anglophone.
Les albums suivent. Why You Wanna Leave, Runaway Queen? (2016), entièrement en anglais et enregistré à Nashville, surprend les critiques mais reste cohérent avec sa démarche. Le EP Highways, Heartaches and Time Well Wasted consolide sa réputation outre-frontière.
Chiac Disco : le virage assumé
En mars 2022 paraît Chiac Disco, son troisième album studio. Surprise totale : Lisa LeBlanc abandonne en partie le folk pour embrasser le disco, le funk, et une pop dansante. Les textes restent ancrés dans le chiac et dans une autodérision toujours présente. L’album devient l’un des plus écoutés de son catalogue, lui ouvre les portes de festivals plus pop et lui donne une nouvelle visibilité internationale.
2025 : Japon, Louisiane, Acadie
L’année 2025 a été particulièrement intense. Invitée à se produire huit fois en dix jours au pavillon canadien de l’Exposition universelle d’Osaka, elle joue aussi à l’ambassade du Canada à Tokyo. Entre ces dates japonaises, elle prolonge l’exploration de la diaspora francophone avec un retour en Louisiane, redécouvrant les liens musicaux entre l’Acadie et le Sud américain.
Cette tournée a marqué un sommet de sa carrière en termes de portée internationale, tout en gardant intact le lien profond qu’elle entretient avec son public d’origine.
2026 : pause, écriture, nouvel album
Lisa LeBlanc a annoncé qu’elle n’offrira pas de concerts au cours des prochains mois pour se consacrer à l’écriture d’un nouveau disque, dont l’enregistrement est prévu plus tard en 2026. Elle a précisé ne pas savoir encore si l’album sera en français, en anglais, ou un mélange des deux — une indécision qui ressemble à toute sa carrière : ouverte, mouvante, fidèle à ce qu’elle est plutôt qu’à une étiquette.
Pourquoi elle compte autant dans la culture québécoise
Lisa LeBlanc fait partie de cette poignée d’artistes qui ont fait basculer la perception du Québec sur la culture acadienne. Avant elle, l’Acadie était souvent réduite, dans l’imaginaire québécois, à quelques figures patrimoniales. Avec son irruption, le chiac est devenu cool. La culture acadienne contemporaine a trouvé une porte d’entrée massive dans le grand public.
Dans une scène musicale francophone en pleine effervescence — entre Charlotte Cardin, Klô Pelgag et la relève — Lisa LeBlanc reste un cas à part. Elle ne ressemble à personne. Et c’est peut-être pour ça que son public ne lui ressemble pas non plus : il vient de partout, parle plusieurs langues, et la suit depuis plus de dix ans sans signe d’essoufflement.
