Quand Sarahmée prend le micro, ce n’est jamais un costume qu’elle enfile. C’est une parole qui surgit, taillée dans la matière même de sa vie. À 40 ans, la rappeuse sénégalo-québécoise s’est imposée, après plus de quinze ans de carrière, comme l’une des voix les plus singulières du rap francophone canadien. En 2026, après le succès de son troisième album Pleure pas ma fille, sinon maman va pleurer, elle continue de tracer une route qui ne ressemble à aucune autre.
De Dakar à Québec, l’enfance d’une nomade
Sarahmée — de son nom complet Sarahmée Ouellet — naît en 1986 à Dakar, au Sénégal. Adoptée jeune par une famille québécoise, elle grandit aux quatre coins de l’Afrique francophone avant de s’établir au Québec. Cette trajectoire géographique se retrouve partout dans sa musique : un rapport au déracinement, à la mémoire, à l’identité multiple.
Elle est la sœur adoptive de Karim Ouellet, lui aussi né au Sénégal et devenu une figure emblématique de la chanson québécoise avant son décès en 2022. La fratrie a forgé une bonne partie de l’imaginaire musical de Sarahmée. La perte de Karim, traversée publiquement, restera l’un des événements personnels les plus marquants de sa vie d’artiste.
Une carrière construite à pas mesurés
Sarahmée publie de la musique depuis le début des années 2010, longtemps en retrait des grosses lumières médiatiques. Son premier album, Irréversible (2018), pose les jalons d’un rap engagé, féministe, profondément ancré dans le réel. Ses textes parlent de violence faite aux femmes, de racisme structurel, d’identité, de famille. La presse francophone commence à la suivre.
En 2021, elle devient juge à l’émission La fin des faibles sur Télé-Québec, première compétition de rap québécoise du genre. Sa présence à l’écran fait connaître son nom à un public bien plus large que celui du rap traditionnel.
Pleure pas ma fille, sinon maman va pleurer : un album hommage
Le 18 octobre 2024 sort Pleure pas ma fille, sinon maman va pleurer, troisième album studio. Le titre lui-même est une phrase rituelle prononcée par sa mère adoptive. L’album est un hommage à la famille — à celle qui l’a élevée, à celle qui n’est plus là (Karim), à la lignée maternelle qu’elle revendique. La production tire vers l’afrobeat, le R&B, sans abandonner la verticalité du rap.
Le lancement officiel a lieu en novembre 2024 aux Foufounes électriques à Montréal. La presse francophone consacre l’album comme l’un des projets rap les plus aboutis de l’année.
2025-2026 : tournée festivals et retour aux racines
Sarahmée enchaîne les grands festivals en 2025 — Festival d’été de Québec, Festival Musique du Bout du Monde — confirmant qu’elle est désormais une artiste de plein air autant que de salle intimiste. En 2026, elle prolonge sa tournée avec une présence soutenue dans la scène montréalaise et des collaborations annoncées avec d’autres rappeurs francophones.
Pourquoi Sarahmée compte dans la scène montréalaise
Dans une scène rap québécoise où la majorité des figures restent masculines, Sarahmée occupe une place rare : femme, noire, sénégalo-québécoise, mère, artiste politique sans jamais devenir slogan. Elle représente ce que le rap francophone peut faire de mieux quand il accepte de sortir de ses codes.
Aux côtés de FouKi, de la nouvelle scène afropop incarnée par Nissa Seych ou encore des auteures-compositrices comme Lou-Adriane Cassidy, Sarahmée fait partie de cette constellation qui a refait, en une décennie, le paysage de la musique francophone québécoise.
