Quand Salin pose ses baguettes sur ses tambours, elle convoque trois mondes en même temps : la Thaïlande de son enfance, l’afrobeat de Fela Kuti, et la chaleur jazz-soul du Montréal qu’elle a adopté à 19 ans. Batteuse, productrice et compositrice, l’artiste née à Bangkok et installée au Québec s’est imposée en 2026 comme l’une des figures les plus singulières de la scène musicale montréalaise. Sa nomination comme Révélation Radio-Canada 2025-2026 confirme ce que les initiés savent depuis quelques années : Salin est unique.
De Bangkok à Montréal, un parcours peu banal
Salin naît en Thaïlande, dans une famille où la musique fait partie de la trame quotidienne. Adolescente, elle s’oriente d’abord vers le metal — une voie peu commune pour une jeune femme thaïlandaise, mais qu’elle assume avec un appétit musical déjà très diversifié. À 19 ans, elle quitte Bangkok pour l’Amérique du Nord. Elle s’installe à Montréal, où elle découvre une scène jazz et soul qui va transformer sa pratique.
La batterie reste son instrument central. Mais elle élargit progressivement son rapport à la musique : production, composition, arrangements, multi-instruments. Elle commence à signer ses propres morceaux et à jouer dans plusieurs projets de la scène jazz et world montréalaise.
Le déclic Dominique Fils-Aimé et le Polaris
Le tournant se produit lorsqu’elle joue avec Dominique Fils-Aimé, autre figure importante du jazz-soul montréalais, au Gala Polaris 2019. Cette prestation marque un tournant. Salin n’est plus seulement une batteuse remarquable : elle devient une artiste à part entière dans la conversation musicale québécoise.
En 2021, elle publie son premier album, Cosmic Island. Le disque trace un univers entre jazz, soul et influences thaïlandaises. Elle joue au Festival international de jazz de Montréal, où le public découvre son groove particulier.
Productrice reconnue : Bel & Quinn et la finale aux Junos
Au-delà de ses projets solos, Salin développe une carrière de productrice. En 2023, elle produit l’album Donte Sann Yo du duo haïtien Bel & Quinn. Le disque est sélectionné en finale dans la catégorie meilleur album de musique du monde aux Junos 2024. Une reconnaissance importante qui place Salin parmi les producteurs montréalais les plus respectés.
Rammana : l’album manifeste de 2025
En mars 2025 paraît Rammana, son deuxième album. C’est une œuvre profondément personnelle. Salin y fait dialoguer les instruments traditionnels thaïlandais avec la soul des années 1970, le funk, et l’afrobeat psychédélique de Fela Kuti. Le résultat est un disque qui n’existe nulle part ailleurs : trop spécifique pour entrer dans la catégorie « musique du monde », trop ancré dans la tradition pour passer pour un projet fusion mainstream.
Salin elle-même décrit son style comme « Afro jazz et Thai funk ». La presse francophone et anglophone canadienne salue le disque comme l’une des sorties les plus audacieuses de l’année.
2026 : Révélation Radio-Canada et tournée
L’année 2026 confirme la trajectoire ascendante de Salin. Sa désignation comme Révélation Radio-Canada 2025-2026 lui ouvre une visibilité considérable dans le milieu francophone. Elle multiplie les concerts entre Montréal et les festivals nord-américains. Une tournée nord-américaine est en cours, et des passages européens sont annoncés.
Pourquoi elle compte dans la scène musicale montréalaise
Salin représente quelque chose de précieux dans le paysage musical montréalais actuel : la preuve que la ville peut être un creuset musical réel, pas seulement un slogan touristique. Une femme née à Bangkok, qui produit un duo haïtien à Montréal et joue de l’afrobeat thaïlandais sur des scènes internationales — c’est exactement ce que la ville fait de mieux quand elle accueille des artistes en lui laissant la place d’inventer.
Aux côtés d’autres figures de la scène montréalaise comme Nissa Seych ou Gabriella Olivo, Salin fait partie de cette constellation d’artistes qui sont en train de redessiner ce que sonne le Montréal de 2026.
